Samedi 13 octobre 2007
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Le 10 octobre 2007, à l’occasion d’un discours marquant les 100 premiers jours de sa présidence à la Banque Mondiale, Robert B. Zoellick a affirmé son engagement en faveur d’une mondialisation à la
fois « inclusive et soutenable ». Les termes et les thèmes du discours de Mr Zoellick ne sont pas sans rappeler ceux de James Wolfenshon lorsqu’il défendit, à partir de 1995 (et à partir de 1997
avec l’appui de Joseph Stiglitz), le Développement intégré, dont la « philosophie » consistait à « assurer un environnement macroéconomique stable et ouvert ; construire des institutions publiques
(légales, financières et politiques) responsables et inclusives ; investir dans la santé, l’éducation et les programmes de sûreté sociale » (Ritzen, Easterly, Woolcock, 2000, p. 2). La promotion du
Comprehensive Development Framework fut considérée, à l’époque, comme un véritable « changement de paradigme » (Stiglitz, 1998a et 1998b) impliquant l’articulation des dimensions économiques,
sociales, politiques et environnementales du développement durable (Prévost, 2004). Les rapports annuels sur le développement dans le monde publiés par la Banque ont pu illustrer l’inflexion des
positions de l’institution, la variété des thèmes abordés mais aussi la manipulation d’un champ sémantique jusque là peu arpenté par les experts en ajustement structurel. Le rapport 2006, Equité et
développement, en est exemplaire.
Ce renouveau dans les thèmes et les termes manipulés a-t-il conduit à une véritable changement théorique et pratique concernant les stratégies de développement ? Une littérature abondante a déjà
évalué la portée réelle de ce changement. Les plus radicales ne voient dans le « projet Wolfensohn/Stiglitz » qu’une étape supplémentaire dans le processus de grande transformation des pays du sud
(Cammak, 2004), un nouvel avatar de l’orthodoxie néo-libérale dominante dans les cercles de pensée proches du pouvoir dans la plupart des pays industrialisés (Hadiz, 2004). Si la critique radicale
soulève à raison les nombreuses failles du Comprehensive Development Framework et de son utilisation par les agences de développement, elle limite également la portée de ses arguments en renvoyant
dos-à-dos ses tenants et ceux du Consensus de Washington comme les deux facettes d’une même doctrine néolibérale.
Certes, que Paul Wolfowitz ait pu aussi facilement enfourcher le cheval de bataille de la bonne gouvernance, au coeur des nouveaux dispositifs, pourrait être la preuve éclatante de la continuité
dogmatique néolibérale entre démocrates et néo-conservateurs. Mais il semble plus fécond de s’interroger sur le caractère trouble, confus et polymorphe du discours libéral actuel pour comprendre
non seulement son succès mais aussi la diversité de sa critique depuis que le Consensus de Washington n’est plus, officiellement, la doctrine des institutions internationales (Helleiner, 2003).
Cette piste permettra également de comprendre l’écho du nouveau discours sur le développement auprès de forces politiques dont la diversité est indéniable. Ainsi, la défense des droits de l’homme
et de la démocratie, caractéristique de ce discours (Prévost, 2005) séduit aussi bien les partisans d’une « troisième voie », que les gouvernements de gauche latino-américains, qu’il semble
difficile de tous qualifier indifféremment de néolibéraux.
Pour plus d'informations :
alter.developpement.free.fr
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